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C'est ainsi que Gaetan Chiavarini a vécu l'après-lockdown


18/09/2020
 C'est ainsi que Gaetan Chiavarini a vécu l'après-lockdown cover photo

Gaetan Chiavarini
GC Barbershop, Nivelles.

 

Comment as-tu réagi à l’annonce de la reprise ?

J’étais heureux et impatient de pouvoir reprendre mon activité mais aussi angoissé à l'idée de ne pas revoir certains clients. La plus grande partie de ma clientèle m’a attendu et m’est restée fidèle mais certains ont décidé de garder la tête rasée du confinement, d’autres se sont dirigés vers des coiffeurs qui ont continué à travailler malgré la demande de fermeture par le gouvernement…, certains avaient tout simplement peur. Mais l’obligation de travailler sur rendez-vous a aussi ouvert la porte à plein de nouveaux clients ! Avant je travaillais sans rendez-vous et il y avait une attente parfois de 4h. Ces personnes ne voulaient plus venir et cela leur a permis d’avoir à nouveau accès à mon commerce. Du coup j’ai des plages horaires complètes une semaine à l’avance.

Comment as-tu géré les prises de rendez-vous ?

Très facilement ! Grâce à mon application sur les réseaux sociaux, mes clients peuvent réserver en direct et moi j’accède à tout mon planning de rendez-vous en 30 secondes. Cela me permet de gérer mes temps de travail plus facilement et d’y intégrer le temps de nettoyage/désinfection après chaque client pour respecter le protocole Covid-19. J’avais commencé depuis janvier mais cela ne fonctionnait pas bien mais à présent ça cartonne ! J’ai encore des prises de rdv par téléphone mais très peu donc j’arrive à les gérer de manière très fluide.

 Te sentais-tu suffisamment préparé pour la réouverture ?

Oui les consignes étaient claires et précises. Coiffure.org nous a communiqué au jour le jour comment mettre en place le protocole sanitaire, cela m’a permis de rouvrir en toute tranquillité et connaissance de mes différentes obligations. J’ai aussi beaucoup regardé les réseaux sociaux pour savoir comment ça se passait à l’étranger. L’ensemble a fait que c’était très simple de rouvrir.

As-tu fait des aménagements dans ton salon ?

En installation, j’ai juste prévu du gel désinfectant à l’entrée et moi je suis équipé de gants, d’un masque et d’un écran facial pour pouvoir accueillir mes clients en toute sécurité. Au départ, j’avais mis des masques à disposition mais avec le temps j’ai jugé indispensable que les clients viennent avec le leur. J’avais démarré avec des capes jetables mais j’ai arrêté car d’un point de vue écologique je trouvais ça immoral. J’ai préféré utiliser des capes à usage unique. Cela veut dire que la cape est utilisée sur le client, retirée et mise directement dans la machine à laver. Je fais tout à la minute. Pour ne pas accumuler du travail en fin de journée, j’ai juste augmenté mon temps d’exécution sur le client, sans pour autant modifier mon prix et j’ai supprimé mes temps de pause. Je prévois 5 minutes de plus par client. En 5 minutes on est tout à fait capable de nettoyer, désinfecter et ranger. Ce n’est qu’une question d’organisation.

 Comment s’est passée la première journée de travail ?

Le masque est contraignant c’est sûr, il fait chaud, ça donne mal à la tête, il faut le temps de s’habituer. Maintenant, on a de la chance car les masques se sont développés, ils sont plus adéquats, plus faciles à respirer, il y a moins de condensation à l’intérieur. Par contre l’utilisation de la visière es très contraignante parce que ça isole vraiment le regard du travail. Il a fallu s’habituer à ce nouveau matériel. Le plus compliqué a cependant été de mettre en place la nouvelle logistique salon. Il a fallu le temps de quelques jours pour trouver une organisation rapide et efficace pour pouvoir effectuer le travail sans perdre trop de temps.

Quel était ton sentiment en fin de journée ?

Satisfait malgré les difficultés rencontrées. J’étais tout simplement heureux de revoir mes clients.

Quelle a été la réaction des clients ?

Normale et compréhensive. Certains oubliaient de venir avec leurs maques mais soit ils retournaient à leurs voitures le chercher, soit ils m’en achetaient un quand j’en vendais, soit ils devaient quitter mon salon.

Comment as-tu vécu/expérimenté le respect des mesures de sécurité ?

En bon père de famille : masque obligatoire pour le client comme pour moi-même, visière quand je fais les barbes, gel à l’entrée du salon, solution désinfectante après chaque utilisation de matériel.

As-tu pu faire plaisir à tous tes clients et leur donner un rendez-vous dans des délais raisonnables ?

Non malheureusement même si j’ai tout fait pour travailler avec méthode et dans des délais record, certains ont dû attendre. Je travaille seul et surtout je n’ai que deux mains…. Je n’ai rien changé à mes habitudes et mes clients ont compris que c'était dans leur intérêt comme dans le mien de ne pas les intercaler à n’importe quel prix.

As-tu senti que certains clients avaient des réticences à revenir dans ton salon ?

Oui ça a été le cas pour certains.Fin juin, une fois le rush passé, j’en ai profité pour ouvrir mon agenda en ligne et noter toutes les personnes que j’avais vu avant le confinement mais que je n’avais pas vu depuis. J’ai passé une journée complète à téléphoner à tout le monde, je les ai rassurés et au final ils sont tous revenus !

As-tu davantage de « no shows » (absences) depuis la réouverture ?

Par rapport aux rendez-vous, la situation est plus claire depuis que j’ai mon app de prise de rendez-vous en ligne. Il faut aussi savoir aussi que ce n’est pas parce qu’on est coiffeur, qu’on ne peut pas faire payer quelqu’un qui réserve et qui ne vient pas. A partir du moment où la personne gère elle-même une prise de rendez-vous, qu’elle reçoit un mail de confirmation et qu’elle le valide, pour moi elle signe son rendez-vous. Cela veut dire qu’elle est redevable dans le cas où elle ne vient pas. A l’heure actuelle j’envoie une facture aux clients qui ne viennent pas et cela se passe très bien.

Comment as-tu géré la fatigue ?

En me couchant tôt !

Comment ont évolué les demandes de rendez-vous au fur et à mesure des semaines ?

Equivalente, je suis complet toutes les semaines depuis la réouverture.

Y a-t-il des changements dû au coronavirus qui sont devenus à présent permanents ?

Oui, travailler sans rendez-vous est de l’histoire ancienne maintenant ! Le coronavirus m’a permis d'arrêter le sans rendez-vous qui me fatiguait énormément après les années.

Quelle a été l’évolution de ton moral, ta motivation au fil des semaines ?

Toujours positif, je suis comme ça. De plus, j’ai une clientèle très présente avec moi. Quasiment tous les jours, j’avais des appels et messages de mes clients pour me soutenir, ça m’a donné beaucoup de courage pendant le confinement.

Comment effectues-tu ton service barbe en toute sécurité ?

Visière et masque obligatoire pour moi. Le client retire tout quand je lui en ai donné l’ordre et remets son masque directement quand j’ai terminé le service.

Est-ce que tu as dû rattraper les ‘ratages’ du lockdown ?

Il y en a eu plein ! Il y a eu le coiffeur improvisé youtube, maman, les mecs qui ont fait le corona challenge (type rasage complet). Ça n’a pas pris plus de temps mais ça a été une organisation différente quand j’ai repris. Honnêtement, on a récupéré ces ratages dans la joie et la bonne humeur et ça s’est très bien passé !

Le port d'un masque buccal entrave-t-il la créativité ?

Non pas du tout. Le port du masque est fatiguant à partir du moment où on va le porter 2-3heures.  Ce qui est impératif c’est de prendre l’air, de l’enlever et se mettre à l’écart des gens et prendre un bon bol d’air.

As-tu ou suis-tu encore des formations ?

Pendant le confinement, j’ai regardé énormément de tutos vidéo sur les réseaux sociaux. J’ai travaillé également chez moi sur têtes malléables et j’ai gardé la main sur mon fils et mon père. Je pense que la plus grande peur du coiffeur était de revenir et d’avoir tout perdu.

As-tu donné des conseils à tes clients pendant le lockdown ?

J’ai fait des petites vidéos sympas en leur lançant des challenges, c’était l’opportunité de rester en contact avec eux. J’ai aussi essayé de les conscientiser sur le fait qu’on peut faire des trucs sympas en confinement : laisser pousser ses cheveux, changer de style, profiter du moment pour raser sa tête, pour voir son visage cheveux courts ou sans cheveux.

Qu’as-tu appris de cette expérience ?

L'hygiène est la base fondamentale de notre secteur. On ne peut pas se passer de travailler quand on aime ce qu’on fait. Je suis un acharné du boulot et cela ne pourra jamais changer, c’est mon antidépresseur, ma raison d’être.

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